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08 août 2022

Décryptage du slow flower : le nouveau mouvement en faveur d’une production florale plus locale et durable

Dans cet article, nous allons d’abord analyser l’impact environnemental de l’industrie de la fleur, puis s’interroger sur l’origine du mouvement slow flower. Nous réfléchirons également à ses grands enjeux, pour finir par un tour d’horizon des acteurs de ce mouvement en France.

Quel est l’impact environnemental de l’industrie de la fleur ?

En France, on ne compte chaque année pas moins de 600 millions de roses vendues (source : Statistics Brain). Le problème, c’est que l’industrie de la fleur n’est pas sans conséquence sur l’environnement. Ce secteur génère en effet une forte consommation d’engrais chimiques et de pesticides, une consommation d’eau importante ou encore un bilan carbone lourd.

Des cultures grandes consommatrices d'engrais chimiques et de pesticides

Le premier impact significatif de l’industrie de la fleur est lié à l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides qui eux-mêmes ont un impact sur la biodiversité. Les roses, les lys ou encore les chrysanthèmes sont les fleurs qui en utilisent le plus. En effet, puisqu’il existe des normes très strictes sur le calibre et la qualité des fleurs vendues, les producteurs sont par conséquent encouragés à protéger au maximum les cultures de toutes sortes de maladies ou champignons.

Malheureusement, de nombreuses études ont montré que les produits phytosanitaires persistent dans l’eau et les sols. Ainsi, l’usage massif des pesticides menace les écosystèmes et constitue un problème important pour la biodiversité.

Des cultures peu économes en eau

Deuxième impact : la culture des fleurs est gourmande en eau. Par exemple, pour cultiver des roses, on estime qu’il faut entre 7 et 30 litres d’eau pour obtenir un seul bouton de rose. D’autant plus que la majorité des cultures se font de manière accélérée. Dans certaines zones de culture intensive couplée à l’utilisation de pesticides, on observe une pollution des sols mais aussi à un assèchement des points d’eau. C’est le cas du lac Naivasha au Kenya.

Le lourd bilan carbone des fleurs coupées

Troisième impact environnemental : les importantes émissions en CO2 dues au transport des fleurs par avion ou encore à l’importante consommation d’énergie lors de la culture. Par exemple, un bouquet de fleurs coupées peut avoir une contribution jusqu’à une dizaine de kg de CO2.

Lorsque les fleurs sont produites à l’étranger et cultivées dans des climats chauds et favorables, c’est le transport en avion puis en camion réfrigéré qui est responsable d’une importante empreinte carbone.

À l’inverse, si les fleurs sont cultivées proche de la France, comme aux Pays-Bas, qui sont l’un des principaux producteurs mondiaux, c’est plutôt la culture sous serre chauffée et éclairée en continu qui demande beaucoup d’énergie.

Qu’est-ce que le slow flower ?

Décryptage du mouvement “slow” adapté à l’industrie florale en France.

D'où vient le mouvement du slow flower ?

Apparu officiellement en France en 2017 avec la création du Collectif de la fleur française et la société Fleurs d’Ici, le slow flower est à l’origine un concept anglo-saxon.

Traduit littéralement par “fleur lente”, il fait référence avant tout à une notion de localité. Le concept est apparu aux États-Unis en 2008, mais c’est vraiment le Royaume-Uni qui a donné au mouvement sa dimension de ralentissement de la consommation.

Le slow flower vise donc une production de proximité et naturelle en fonction des saisons, ce qui sous-entend avec le moins de produits phytosanitaires possible.

Quels sont les grands principes du mouvement slow flower ?

On peut retrouver trois grands principes du mouvement, à savoir la saisonnalité, la proximité et la culture biologique.

Respecter la saisonnalité des fleurs

Tout d’abord, le slow flower prend en compte la saisonnalité des fleurs, un peu comme le secteur de l’alimentation avec les fruits et légumes de saison. On prend ainsi en compte la variété saisonnière, de la même façon qu’il est peu écologique d’acheter des tomates en hiver.

La démarche consiste à produire au rythme de la nature, en fonction de son climat et donc avec une production la plus respectueuse possible des saisons.

Par exemple, évitez les roses en hiver et pensez d’abord au mimosa, à la renoncule ou à l’anémone ! En automne, privilégiez les graminées, le dahlia, le chrysanthème. Au printemps, optez pour la fleur de pavot, la pivoine ou encore la tulipe. Et en été, préférez le delphinium, l’hortensia et l’achillée.

Hydrangea flower closeup

Privilégier des fleurs locales

L’objectif du slow flower est également d’améliorer la traçabilité des fleurs. En effet, le monde de la floriculture prend peu en considération cet aspect, car rien n’oblige les fleuristes à indiquer la provenance de leurs fleurs.

Aujourd’hui en France, 85 % des fleurs coupées vendues proviennent de l’étranger, essentiellement du Kenya, d’Éthiopie, d’Équateur ou encore des Pays-Bas où elles sont cultivées sous serre.

Ainsi, il est préférable de demander à son fleuriste quelles sont les fleurs cultivées à proximité et donc respectant un circuit court. Objectif : acheter une fleur 100 % française.

Il est possible d’identifier les fleurs françaises grâce à deux labels : le label Fleurs de France qui garantit que les fleurs sont cultivées en France et le label Plante Bleue qui est une certification horticole délivrée aux professionnels français, engagés dans une démarche respectueuse de l’environnement.

Closeup shot of pink rose bouquet isolated on a white background with a copy space

Préférer des fleurs bios, cultivées sans engrais ni pesticides

Le dernier grand principe du slow flower est d’acheter des fleurs bios, c’est-à-dire cultivées sans engrais ni pesticides. En effet, en France la réglementation n’impose pas de limites de résidus de produits chimiques pour les fleurs coupées non comestibles.

Pour aller plus loin à ce sujet, le magazine 60 millions de consommateurs a fait une analyse et a ainsi décompté 15 substances en moyenne (fongicides, néonicotinoïdes, insecticides…) par bouquet de roses analysé. Aucun bouquet n’en était dépourvu.

Et parfois même, pour les fleurs n’étant pas produites en France, on y a retrouvé la présence de substances chimiques interdites. Par exemple, toujours dans le cadre de cette analyse, le bouquet le moins bien classé ne contenait pas moins de 25 produits chimiques différents, dont neuf pesticides interdits en France.

Pour les plus puristes du mouvement, ces trois grands principes doivent être respectés. C’est-à-dire que seules les fleurs produites en plein air, sans produits chimiques et vendues à proximité de l’exploitation peuvent prétendre faire partie du mouvement.

Quel est l’enjeu du slow flower ?

Pour les horticulteurs et pépiniéristes, le slow flower répond aussi à un enjeu : celui de redynamiser la filière horticole française.

Relocaliser la production des fleurs en France

L’enjeu principal est de développer des initiatives en faveur d’une relocalisation de la production de fleurs à côté de chez soi. La fleur slow est bio et équitable, mais surtout cultivée en France.

Le mouvement cherche donc à répondre à cet enjeu de relocalisation de la production. En favorisant la vente de fleurs de saison en circuit court, cela évite d’avoir recours aux importations et à la culture intensive sous serre.

 

Quelles fleurs offrir pour la fête des mères ?

Quels sont les acteurs du slow flower en France ?

En France, nous avons de belles initiatives en lien avec le mouvement slow flower. Découvrez trois acteurs qui agissent pour une industrie florale plus éthique et locale !

Le Collectif de la Fleur Française

Le Collectif de la Fleur Française est une association au service de la fleur locale et de saison. Ce réseau a pour vocation de soutenir une agriculture plus responsable et de faire évoluer les pratiques de consommation. À travers ce modèle associatif, elle soutient et recense dans un annuaire les acteurs français adhérant au slow flower. L’association a été créée le 1er janvier 2017 à Paris par Hélène Taquet, floricultrice et fondatrice de Popfleurs et Sixtine Dubly, journaliste et auteure.

L’Annuaire identifie, présente et localise des femmes et des hommes engagés en faveur de cette révolution florale. Ainsi, elle compte parmi ses membres des producteurs (fleurs coupées fraîches, séchées, comestibles et médicinales), des fermes florales, des fleuristes, des grossistes, des entreprises de vente de fleurs en ligne, d’autres organisatrices d’évènements (mariages, enterrements) ou encore des animatrices d’ateliers autour des fleurs.

Les points communs de ces différentes structures ? Elles sont françaises et produisent et/ou commercialisent au moins 50 % de fleurs françaises. Ces critères sont importants, car ils permettent au Collectif de la Fleur Française de proposer une définition concrète du slow flower tout en laissant aux adhérents la liberté de préférer une définition plus stricte s’ils le souhaitent.

 

La Ferme de Lescinquit en Bretagne, première ferme florale

La ferme de Lescinquit, située dans la ville de Plouigneau en Bretagne, est l’une des premières fermes florales proposant la culture de fleurs bios et locales, vendues en circuit court.

Créée en 2018, la Ferme de Lescinquit s’étend sur 1,8 hectare de surface de terres agricoles dont la moitié dédiée à la culture des fleurs. La ferme cultive 1 000 variétés de fleurs et seulement 10,2 kilomètres parcourus pour les fleurs entre la ferme et le Marché de Morlaix pour la vente.

L’objectif de cette ferme est simple : revenir à une fleur locale, qui n’a pas fait des milliers de kilomètres pour arriver sur la table. Ainsi, toutes les fleurs sont cueillies dans les champs à proximité. Et l’entreprise a le souci de préserver la vie du sol et l’écosystème de la ferme.

D’ailleurs, la Ferme de Lescinquit fait partie du Collectif de la Fleur Française. Pour acheter les fleurs de la ferme, direction le Marché de Morlaix ou la commande directe de bouquets par téléphone.

 

La Ferme Florale Urbaine à Paris

Dernier exemple, la Ferme Florale Urbaine située à Paris. Créée en 2019 par deux jardiniers passionnés formés à l’École du Breuil, cette entreprise sociale et solidaire réintroduit la fleur locale à Paris.

Pour cela, elle a choisi d’exploiter les terrasses de l’Hôpital Robert Debré suite à l’appel à projet Parisculteurs initié par la Mairie de Paris. Là-bas, ce sont plus de 200 espèces de fleurs sur 1 200 m2 de toitures en terrasses. En plus de la culture de fleurs, leur idée était de développer un nouveau modèle économique pour aménager des espaces verts dans des lieux qui en ont grand besoin, mais qui n’ont pas forcément les budgets pour les entretenir.

Un autre espace a vu le jour en mai 2021 avec l’installation d’une seconde ferme florale d’envergure aux Portes de Paris, plus précisément à Vitry-sur-Seine, nommée La Ferme Florale du Parc des Lilas. L’objectif est d’y développer un projet de ferme florale bas carbone sur plus d’un hectare en pleine terre.

Les bouquets composés par les jardiniers sont à récupérer à la ferme ou livrés à vélo.

Conclusion

Pour conclure, le mouvement du slow flower répond avant tout à une prise de conscience de l’impact environnemental de l’industrie de la fleur. En effet, les cultures sont de grandes consommatrices de produits phytosanitaires (engrais et pesticides) nocifs pour les sols, l’eau et la biodiversité. Ces cultures sont aussi peu économes en eau et participent à l’assèchement des sols. Enfin, on peut souligner également le fait qu’elles ont une empreinte carbone importante, que ce soit avec le transport en avion si les fleurs sont cultivées sur d’autres continents, ou avec l’importante quantité d’énergie utilisée dans les serres chauffées.

Le slow flower participe donc à réduire ces impacts négatifs sur l’environnement en privilégiant des fleurs locales, bios et sans pesticides, vendues en circuit court. Plus qu’une tendance, c’est un mouvement engagé pour des fleurs de qualité vendu au consommateur, tout en protégeant la planète.

Pour cela, de nombreuses entreprises sociales et solidaires ou associations se sont développées pour porter ce mouvement, recenser les acteurs qui pratiquent le slow flower, sensibiliser, s’entraider, promouvoir et être force de proposition pour les actions à mettre en place dans les années à venir.

 

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Crédit photos : alexphotos, bearfotos, wirestock

 

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