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Biodiversité
12 mai 2022

Pourquoi les animaux sauvages investissent-ils nos villes ?

Ces dernières années, nous avons pu constater que les animaux sauvages s’approprient, ou se réapproprient, les espaces urbains. Mais alors, animaux sauvages en ville : bonne ou mauvaise nouvelle ?

Ce phénomène a été constaté dans le monde entier lors du premier confinement dû à la crise sanitaire de la COVID-19. Des chèvres, des sangliers, des renards, près de chez nous… Mais aussi des dauphins et des oiseaux marins dans les villes côtières ou encore des pumas et des caïmans à l’étranger… Sans oublier que ce confinement a offert la possibilité aux riverains parisiens de pouvoir écouter à nouveau le chant des oiseaux, ce qui n’était pas arrivé depuis de nombreuses années.

Mais même avant cette crise sanitaire, nous avions déjà pu observer ce phénomène. Les pays les plus coutumiers étant notamment les États-Unis ou la Russie, par exemple. Mis à part la désertion des villes par les humains, quelles sont les causes du retour des animaux sauvages en ville ? Existe-t-il un réel danger et quelles sont les solutions à cela ?

Animaux sauvages en ville : un phénomène de plus en plus fréquent à travers le monde

Des ours qui débarquent en ville au Japon, au Canada ou en Russie

C’est sans doute du retour de cet animal dans les villes dont nous aurons le plus entendu parler : l’ours. Dans plusieurs régions du monde, les ours ont quitté leurs forêts ou leurs banquises pour se rapprocher de plus en plus des zones urbaines, jusqu’à y entrer.

Au Japon par exemple, ce phénomène avait déjà été observé en 2005 et n’a pas cessé depuis. Mais ces dernières années, les conséquences de cette migration de l’ours noir asiatique vers les zones habitées sont devenues dramatiques. En 2020, la préfecture d’Ishikawa dénombrait 11 habitants blessés par les ours. Plus dramatique encore : deux de ces ours, faisant pourtant partie des espèces considérées comme « vulnérables », ont été abattus en seulement deux semaines, considérés alors comme des menaces.

Wild Baby Brown Black Bear Cub in the Summer

Et le Japon n’est pas un cas isolé. La Russie est aussi le théâtre de nombreux faits divers similaires. En 2019, un ours polaire avait été aperçu, errant à la périphérie de la ville industrielle de Norilsk, soit à des centaines de kilomètres de la banquise, son habitat naturel. Interrogé par l’AFP, Alexandre Korobkine, responsable local des services environnementaux, indiquait alors que les incursions d’ours polaires en quête de nourriture étaient, déjà à l’époque, de plus en plus fréquentes dans le nord de la Russie.

Ailleurs en Russie, la ville de Belouchia Gouba a vécu une situation encore plus inédite, puisqu’elle a été envahie par une cinquantaine d’ours blancs, en quête de nourriture. Des images pour le moins spectaculaires et une situation qui a effrayé tous les habitants de la ville, qui n’osaient plus sortir. Toutefois, l’ours polaire est aujourd’hui un animal en voie de disparition et protégé, c’est pourquoi il est interdit de le chasser en Russie.

Enfin, de l’autre côté du globe, même constat. À Vancouver, au Canada, un jeune ours brun s’est retrouvé coincé sur le toit d’un camion à ordures. Heureusement pour cette fois, l’animal a été tranquillisé et relâché dans son habitat naturel.

Selective focus shot of a fox in the distance while looking towards the camera in Sweden

Le retour des renards et des sangliers en ville

Plus près de chez nous, en France et en Belgique par exemple, nous avons pu remarquer depuis quelques années l’apparition plus fréquente et nombreuse d’espèces sauvages, comme les renards et les sangliers.

À Lille, à Caen, à Nîmes, et même à Paris, ces animaux se réapproprient les zones urbaines, surtout la nuit. En ce qui concerne le renard, ce ne serait pas un phénomène nouveau. C’est ce qu’explique Nicolas Robin, spécialiste de la biodiversité urbaine pour Libération. « […] les renards étaient là depuis très longtemps, sauf qu’on ne le savait pas, on ne les voyait pas. L’animal est très furtif, il est discret, nocturne, rusé. Il y avait des témoignages depuis de nombreuses années de Parisiens qui en apercevaient […] ».

Et selon Yohan Tison, écologue à la direction des parcs et jardins de la ville de Lille, c’est assez logique et plutôt une bonne nouvelle. La chasse et le piégeage étant interdits en ville, ces zones urbaines sont finalement devenues un havre de paix pour les renards. Ces derniers sont favorables au bon équilibre de la biodiversité en ville, notamment en réduisant les populations de rongeurs qui y prolifèrent, souvent porteurs de maladies.

Sans oublier la réapparition de nombreuses espèces d’oiseaux dans les grandes agglomérations, qui avaient alors migré vers des zones plus tranquilles. C’est le cas pour le rouge-queue noir, le martinet, le choucas, ou encore le merle. Des espèces qui n’étaient plus observées mais qui sont visiblement revenues enrichir la biodiversité urbaine. Moins attendues, la fouine et la belette ont aussi investi les villes.

Le confinement : un moment révélateur du retour des animaux sauvages en ville

Si ce phénomène de réappropriation des villes par certaines espèces sauvages n’est pas nouveau, il a été décuplé et accéléré par le confinement de 2020, dû à la crise sanitaire de la COVID-19. Du jour au lendemain, les rues des villes sont devenues désertes. Pas un passant dehors, pas un bruit… Des conditions qui ont été favorables à la réintroduction de la nature en ville et ce, dans le monde entier.

Cela s’explique de façon assez simple : moins de circulation, moins de fréquentation, moins de bruit, un environnement beaucoup moins stressant pour de nombreux animaux. Cela leur a donc laissé beaucoup plus de place pour faire leur apparition, à des horaires auxquels, habituellement, ils ne sortaient jamais.

Aussi, certaines espèces, qui étaient jusqu’alors nourries par les humains en périphérie, sont entrées au cœur de la ville pour rechercher à manger. Ces animaux sont donc devenus plus visibles. Enfin, la réduction de l’entretien des espaces verts pendant le confinement a permis à de nombreux insectes de revenir, et avec eux, de nombreuses espèces d’oiseaux.

Pendant le confinement, nous avons donc pu observer des canards, des chèvres, des sangliers, et même parfois des faucons pèlerins, des daims ou des cerfs, en plein cœur des centres-villes.

Pollution lumineuse et sonore : des ennemis de la biodiversité

Animaux sauvages en ville : quelles sont les causes à l’origine du phénomène ?

Un phénomène révélateur de la détérioration de la nature

L’apparition d’espèces sauvages dans les zones urbaines est révélatrice de deux facteurs. D’un côté, les villes deviennent de plus en plus accueillantes pour ces animaux. Elles sont plus vertes et la préservation de la biodiversité y devient un sujet phare.

D’un autre côté, ces espèces sont aussi contraintes de se rapprocher des villes à cause de la destruction et de la détérioration croissante de leur habitat naturel. C’est ce qu’explique la philosophe Joëlle Zask, dans son essai Zoocities, en 2020. « Confrontées au manque de nourriture et d’eau, à la destruction de leur habitat par les flammes et le défrichage, à l’augmentation des températures et à la sécheresse, à la pollution des sols et des mers, à l’amenuisement et au morcellement de leur territoire en raison d’une urbanisation déchaînée, les bêtes sauvages, tels des réfugiés climatiques, sont contraintes de s’exiler vers des contrées plus hospitalières. »

La philosophe ajoute que, si la végétalisation des villes est une bonne chose, cela ne doit pas encourager pour autant la détérioration des habitats naturels de ces animaux.

Une conséquence directe du réchauffement climatique

Nous le savons désormais, le réchauffement climatique est dû en grande partie (voire en totalité) aux activités de l’Homme, néfastes sur l’environnement. Et ce réchauffement climatique est aussi l’une des causes du déplacement des animaux sauvages vers les villes.

En effet, celui-ci altère l’environnement sur plusieurs points. Il est à l’origine de l’acidification des océans, de la hausse du niveau de la mer, de la fonte et du recul des glaciers mais cause aussi des évènements extrêmes : tempêtes, inondations, sécheresses, incendies…

Cela perturbe, voire détruit les habitats naturels de nombreuses espèces sauvages et altère donc la biodiversité de ces milieux, puisque les espèces sont alors obligées de se déplacer. Autre conséquence, de nombreuses espèces se retrouvent sans nourriture, comme c’est le cas des ours dont nous parlions au début, qui sont souvent affamés. Nombre d’entre eux n’ont donc pas le choix que de s’adapter pour survivre et vont chercher les denrées là où elles sont : dans les villes.

L’ironie du sort, c’est qu’il s’agit là d’un cercle vicieux, puisque le déplacement de ces espèces sauvage, peut lui aussi engendrer une augmentation du réchauffement climatique (source WWF)…

Un marqueur de l’amélioration de l’environnement urbain

Comme nous le disions précédemment, de plus en plus de villes deviennent plus accueillantes pour les animaux sauvages. En effet, elles ont tendance à se végétaliser, et la préservation de la biodiversité est au cœur des préoccupations. Un environnement qui est donc plus clément pour des animaux qui recherchent des refuges tranquilles pour se nourrir et se reproduire.

C’est le cas par exemple de la ville de Washington, qui est devenue la ville la plus verte des États-Unis. Environ 11 000 arbres plantés chaque année, de nombreux cours d’eau, un usage de pesticides et du béton réglementé, des toits végétalisés… Autant de points positifs qui invitent les espèces sauvages à venir s’installer en ville, où les menaces sont restreintes.

Car dans ces villes, les espèces sauvages ne considèrent plus l’Homme comme une menace, qui ne chasse pas en milieu urbain et leurs prédateurs naturels y sont aussi absents.

Serait-il alors possible pour les différentes espèces de cohabiter ?

Comment cohabiter avec les animaux sauvages en ville ?

Il y a encore quelques années, la cohabitation entre espèces sauvages et hommes en milieu urbain n’était pas évidente. Car les villes étaient alors pensées de façon à ne laisser qu’une place restreinte et maîtrisée à la nature, via des poches de verdure enclavées. Les animaux n’étaient jamais pris en compte dans ces aménagements urbains.

Pour que la cohabitation soit possible, il faut donc repenser ces modèles urbains, pour laisser plus de place à la nature. La bonne nouvelle, c’est que c’est visiblement un désir aussi de la part des populations urbaines ces derniers temps, notamment depuis le confinement. Faire en sorte de laisser plus de place à la nature dans la ville et remplacer le béton par de la verdure !

Mais cela implique des modifications dans nos modes de vie et dans la conception de nos espaces de vies, pour qu’humains et animaux puissent vivre ensemble, en trouvant « la bonne distance ». Car il ne faudrait pas à terme, que les animaux sauvages deviennent des menaces ou des « nuisibles ».

Pour éviter cela, il faut donc mettre en place des mesures. C’est le cas par exemple, aux États-Unis et au Canada. Là-bas, de nombreuses précautions sont prises pour ne plus nourrir les ours. Stocker les déchets dans des conteneurs fermés ou inaccessibles, supprimer les mangeoires pour oiseaux entre avril et janvier, placer les mangeoires des animaux familiers à l’intérieur, ne pas composter des aliments gras, etc. Tout est fait pour ne pas attirer outre mesure ces espèces en plein cœur des villes et que cela ne devienne risqué pour tous, y compris pour les animaux sauvages.

Conclusion

La présence d’animaux sauvages dans nos villes ne date pas d’hier. Mais celle-ci se renforce au fil des années, avec des conséquences qui peuvent être parfois dangereuses, pour les hommes et les animaux.

L’origine de cela ? L’Homme, qui a gagné de plus en plus de terrain sur la nature, en construisant des villes, détruisant par la même occasion l’habitat des espèces sauvages.

Le réchauffement climatique est aussi l’une des causes. Les habitats des animaux sauvages sont parfois détruits par les aléas climatiques, ou bien, ils sont détériorés, ce qui altère la biodiversité de ces milieux. Cela oblige de nombreuses espèces à se diriger vers les villes pour se réfugier et se nourrir.

Ces dernières années, nous avons donc assisté à de nombreuses scènes inédites de la nature faisant son apparition dans les villes. La bonne nouvelle, c’est qu’une cohabitation entre Hommes et espèces sauvages est possible ! Et il semblerait que les humains souhaitent de plus en plus agir pour la protection de cette nouvelle biodiversité.

À la rencontre de la faune urbaine des villes européennes

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