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06 janvier 2022

Pollution lumineuse et sonore : des ennemis de la biodiversité

Les pollutions lumineuses et sonores sont mal connues du grand public. Pourtant, elles ont un impact sur la préservation de la biodiversité. En quoi consistent ces deux types de pollution ? Et quels sont les impacts réels qu’elles engendrent sur la faune et la flore ?

Pollution lumineuse et pollution sonore : quelles sont les causes de ces nouvelles formes de pollution ?

Des villes de plus en plus éclairées et bruyantes

Depuis 25 ans, la pollution lumineuse comme sonore ont vu leur croissance exploser. En cause, l’arrivée d’une nouvelle population urbaine. Ces personnes circulent en voiture et utilisent de la lumière le soir. Ces phénomènes suffisent à expliquer le fait que les villes soient de plus en plus éclairées et bruyantes.

Cela pourrait en rester là, mais ce n’est pas le cas. Cette luminosité a des effets notables sur la faune et la flore qui peuplent la ville. En effet, la pollution lumineuse perturbe le cycle de vie de plusieurs espèces végétales comme animales. C’est une menace pour la biodiversité.

Les humains sont, eux aussi, touchés par ces effets. S’ils ne s’en rendent pas compte, ils sont pourtant bien plus sujets aux perturbations de leur sommeil qu’il y a quelques décennies.

D’après le site Radiance Light Trends, la nuit noire n’existe plus pour 83 % de la population mondiale. L’obscurité est pourtant le principal signal perçu par le cerveau pour lui signifier qu’il est temps de dormir. Ce problème de pollution nocturne est pris très au sérieux par la communauté scientifique.

Les ampoules leds, responsables de l’accroissement de la pollution lumineuse

Un arrêté datant de 2018 impose aux communes françaises d’éteindre leur éclairage public au cœur de la nuit. Cela concerne, entre autres, les parkings ouverts, les parcs et jardins et les façades des monuments.

Cette loi est importante car la luminosité émise la nuit touche négativement la biodiversité. Les animaux nocturnes sont plus vulnérables car plus visibles pour leurs prédateurs. Mais l’inverse est aussi vrai. Certains prédateurs n’arrivent plus à se nourrir car leurs proies les voient venir de loin.

Mais alors, pourquoi les ampoules leds sont-elles montrées du doigt ?

La réponse est simple. Leurs faibles besoins énergétiques permettent de réduire drastiquement la facture d’éclairage des villes. En conséquence, les municipalités ont utilisé ces économies pour multiplier les sources de lumière, sans penser immédiatement aux conséquences en matière de biodiversité. La pollution lumineuse est aujourd’hui plus intense qu’il y a quelques années et cela impacte les cycles de vie des végétaux, des animaux et même des humains.

Le confinement, déclencheur d’une prise de conscience de la pollution sonore en ville

Les habitants des villes sont confrontés au bruit, et ce, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Pourtant, ils n’en avaient pas vraiment conscience jusqu’à ce que le confinement se mette en place. Là, les voitures ne circulaient plus, il n’y avait plus de rassemblements de personnes devant les écoles ou les commerces, plus aucune des sources sonores habituelles n’existait.

Les gens se sont alors rendu compte, que leur environnement était vraiment très bruyant avant la crise sanitaire. Mais c’est le retour à la normale qui leur a fait prendre conscience des désagréments liés à la pollution sonore. Le bruit, en ville, est incessant. Le corps s’habitue et ne fait plus attention mais cela reste une source de stress, de fatigue et un perturbateur du sommeil des riverains.

Pour contrer ce problème, des initiatives sont prises afin de limiter les niveaux sonores perçus. Des revêtements de route moins bruyants semblent être une solution à la majorité du bruit émis en ville. Mais face à la prise de conscience, c’est tout un mode de vie qui est à revoir. Les nouvelles constructions vont maintenant s’orienter, non plus seulement en fonction du soleil, mais aussi en fonction de l’exposition aux décibels. Les rues étroites, aux immeubles de plusieurs étages, n’accueilleront plus d’établissements de nuit, pour éviter l’amplification des sons.

Le confinement a mis en avant de nouvelles exigences pour les citoyens. Ils veulent aujourd’hui un environnement sonore acceptable pour pouvoir être au calme lorsqu’ils rentrent chez eux.

Quel est l’impact de la pollution lumineuse et sonore sur la biodiversité ?

Zoom sur les dérèglements engendrés par la pollution lumineuse sur la faune et la flore

L’impact de la pollution lumineuse sur la faune

Les animaux sont directement impactés dans leur mode de vie par la pollution lumineuse. Cette perturbation de la biodiversité touche de nombreuses espèces, des plus petits insectes aux plus gros oiseaux.

Une partie de la faune nocturne est dite lucifuge. C’est-à-dire qu’elle fuit absolument toute source de lumière. Ces animaux sont naturellement chassés d’un environnement dans lequel les leds se multiplient. Ils s’étaient créé un habitat en ville, qui ne leur convient plus.

D’autres, au contraire, sont plutôt attirés par les sources lumineuses mais se retrouvent alors piégés, soit par leurs prédateurs qui les voient, soit grillés par la chaleur des ampoules.

abeille récoltant du pollen-copyright Noorman, Cor

Certaines espèces, comme les chouettes, sont quant à elles physiquement impactées par les lumières. Leur vision nocturne leur permet de voir avec seulement la lune pour éclairage. Mais face à un éclairage puissant, ces oiseaux se retrouvent totalement éblouis et leur vision peut être altérée durablement.

Nous l’avons vu, une part importante d’insectes nocturnes est attirée par les réverbères et devient vulnérable. Mais de nombreux oiseaux se tuent également en volant vers les vitres éclairées des immeubles, comme si le ciel se prolongeait. D’autres montrent des erreurs de migration. En effet, ces oiseaux, qui sont sensibles aux faisceaux lumineux, se repèrent essentiellement grâce à la Lune et aux étoiles. En survolant une grande ville de nuit, ils perdent totalement leurs repères et se perdent.

L’impact sur la biodiversité touche également les petits animaux terrestres. Les zones trop éclairées en ville jouent le rôle de véritables barrières infranchissables. En conséquence, les territoires habitables se fragmentent et les individus d’une même espèce peinent à se nourrir et à se reproduire.

La luminosité joue également un rôle dans l’alimentation des plus gros animaux. En effet, le rapport de force entre les prédateurs et leurs proies est modifié car, si les premiers distinguent mieux leurs proies grâce à la lumière, ils sont aussi plus visibles. Certains éprouvent alors des difficultés à chasser.

Le cas particulier des lucioles est intéressant. Ces petits insectes communiquent par l’envoi de signaux lumineux. Mais dans un lieu trop éclairé, leurs messages se perdent, leur apportant ainsi des difficultés à communiquer avec leurs congénères.

Enfin, physiologiquement, l’équilibre veille/sommeil de beaucoup d’espèces est perturbé, à commencer par celui des humains. La pollution lumineuse représente un danger important et en ville, c’est une menace pour toute la biodiversité.

L’impact de la pollution lumineuse sur la flore

biodiversité-sur les toits

Le monde végétal est lui aussi menacé par la pollution lumineuse. Certains arbres, qui sont éclairés artificiellement en permanence, ont tendance à ne plus perdre leur feuillage. Pourtant, c’est un phénomène important de leur cycle de vie car cela leur permet, l’hiver, de rentrer en état végétatif et de se préserver des températures les plus basses.

Avec la luminosité accentuée des villes, les périodes de floraison et de germination sont aussi impactées. En effet, les végétaux exposés à de longues périodes lumineuses peuvent se croire au printemps ou en été. Ils entrent alors dans leur processus de floraison et se font cueillir par les gelées hivernales. Cette menace pour la biodiversité est importante, bien que mal prise en compte par les communes.

Certaines plantes, comme le lierre et le liseron, ouvrent leurs fleurs au crépuscule. La raison est simple, les seuls insectes capables de les polliniser sont des papillons de nuit. Mais la pollution lumineuse modifie tout cet équilibre. Si le crépuscule n’est plus aussi bien perçu, c’est toute la chaîne qui est touchée.

Car la flore dépend des insectes pollinisateurs. Si ces derniers voient leur nombre diminuer en raison de la pollution lumineuse, la végétation est alors impactée de manière indirecte. La protection de la biodiversité doit tenir compte de tous les paramètres modifiables, à commencer par la pollution lumineuse.

Zoom sur les dérèglements engendrés par la pollution sonore

Il n’existe pas d’étude montrant l’impact direct de la pollution sonore sur la flore. Mais cela ne veut pas dire que le monde végétal est épargné. La biodiversité est un équilibre facilement rompu si un maillon de la chaîne se brise.

Le bruit sur terre est présent presque partout. Il atteint même des zones dites “protégées” des activités humaines. Une réserve naturelle préservée de toute construction, de commerce ou de chasse n’échappe pas toujours au passage d’une route. Et cette route engendre du bruit audible dans un rayon de 1,5 kilomètre par les oiseaux.

Résultat, certaines espèces n’arrivent plus à communiquer et désertent les zones en question. D’autres, comme les mésanges, arrivent à modifier leur voix pour émettre des sons sur une fréquence plus aiguë. Mais tous les animaux ne sont pas capables de telles prouesses d’adaptation.

Autrefois appelé “le monde du silence”, le milieu sous-marin n’est aujourd’hui plus qu’une jungle bruyante, polluée de manière sonore par les activités humaines. Sonars des bateaux, parcs éoliens et hydroliens, forages sous-marins, moteurs… Les bruits ne manquent pas pour perturber la faune marine, aux quatre coins du globe.

D’autant que sous l’eau, le son voyage cinq fois plus vite que dans l’air. Chaque bruit émis peut atteindre un nombre incroyable d’individus, perturbant, au passage, leur quotidien. Ils communiquent moins bien entre eux, rencontrent des problèmes pour se nourrir, pour se reproduire et même pour se reposer. L’exposition permanente à la pollution sonore dans les océans provoque du stress et menace la biodiversité marine.

Quand la Biodiversité s’invite au Patrimoine mondiale de l’ONU. Le « Cercle Immense » de La Saline Royale d’Arc-et-Senans

Comment lutter contre ces formes de pollution ?

Mieux éclairer les villes pour réduire la pollution lumineuse

Pour lutter contre la pollution lumineuse, il n’est pas nécessaire de se forcer à vivre dans le noir. Il faut simplement éclairer moins mais mieux. Afin d’y arriver, plusieurs paramètres sont modulables.

  • L’intensité : l’ensemble des luminaires d’un paysage doit éclairer de manière uniforme toute la zone. Il vaut mieux multiplier les sources lumineuses d’intensité modérée à faible, plutôt que d’en implanter peu, mais de les faire fonctionner à pleine puissance.
  • L’orientation : la lumière émise doit être dirigée vers le sol. Cela limite l’éblouissement et n’impacte pas la migration des oiseaux qui se repèrent à la Lune et aux étoiles.
  • La période et la durée : les lumières extérieures ne sont pas nécessaires à chaque heure de la nuit. Certaines périodes peuvent être préservées d’une luminosité artificielle. L’installation d’un minuteur permet également de diminuer le temps d’éclairage.

Qu’est-ce qu’une trame noire ?

À l’instar des trames vertes (coulées vertes) et bleues (ruisseaux et étangs) qui représentent des zones sans obstacle artificiel pour préserver la biodiversité, il existe des trames noires. Ce sont des espaces protégés, comme les trames vertes et bleues, mais qui prennent en compte la dimension nocturne des espaces. Là où aucun obstacle n’est créé par l’homme, une zone de lumière peut devenir une barrière infranchissable pour certaines espèces animales.

Afin d’éviter ce phénomène, il est nécessaire de limiter les temps d’éclairage ainsi que l’intensité lumineuse. Pour cela, il est possible d’utiliser des détecteurs de présence, pour éclairer le sol uniquement lorsqu’une personne passe à proximité.

Des solutions pour réduire le bruit en ville

Il existe deux leviers majeurs qui permettent de réduire le bruit en ville. Le premier consiste à diminuer les sources de pollution sonores dont la plus importante reste les transports routiers. On peut agir sur les revêtements des rues, la vitesse des véhicules ou encore leur motorisation en encourageant l’électrique.

Le deuxième levier est dirigé vers la réduction de la propagation du bruit. Les constructions urbaines peuvent évoluer vers l’implantation d’îlots sans voiture qui coupent l’avancée des sons. Cela amène de la quiétude au cœur de la ville pour le bien-être de tous.

Conclusion

La pollution sonore et lumineuse est un véritable fléau pour la faune et la flore. Mais il a fallu du temps pour en prendre conscience car les efforts étaient concentrés sur l’écologie appliquée à l’air et aux sols. Aujourd’hui, la communauté scientifique alerte sur la nécessité de réduire la lumière comme le bruit, et ce, dès que possible. Sinon, c’est l’ensemble de la biodiversité qui sera impacté.

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