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01 mars 2023

Quelles sont les perspectives de l’agriculture urbaine ?

Dans un contexte d’urbanisation croissante, de raréfaction des terres et de crise écologique, l’agriculture urbaine prend de l’ampleur dans les villes du monde entier. En quoi consiste l’agriculture urbaine ? Histoire, fonctionnement, avantages… On vous explique tout !

Qu’est-ce que l’agriculture urbaine ?

Aujourd’hui, plus de 55 % de la population mondiale habite dans des zones urbaines. Alors que plus de 80 % des produits sont destinés à la consommation des villes, seulement 15 à 20 % des aliments sont produits sur place. L’agriculture urbaine peut-elle rééquilibrer la balance ?

Qu’appelle-t-on agriculture urbaine ?

L’agriculture urbaine regroupe l’ensemble des activités de production agricole ou d’élevage à l’intérieur ou à proximité des villes.

La définition de l’agriculture urbaine inclut de nombreux types d’activités. Parmi elles, nous pouvons citer la culture de fruits et légumes, de céréales, de plantes ornementales, médicinales ou aromatiques. L’agriculture urbaine intègre également la pratique du petit élevage (poulets, canards et lapins, chèvres, moutons, cochons, abeilles, poissons…).

L’agriculture urbaine est une activité réalisable dans des jardins familiaux, privés ou communautaires, sur des terrains vacants ou des friches industrielles, dans des entrepôts spécialisés, sur les balcons d’appartements, sur les murs extérieurs ou sur les toits des bâtiments publics ou privés.

L’agriculture urbaine utilise de nombreuses techniques de production (en bacs, en pleine terre, en intérieur, en hydroponie, en aquaponie ou en aéroponie). Elle peut être pratiquée par de multiples acteurs (particuliers et groupes de particuliers, associations, agriculteurs, entreprises, collectivités locales…).

Enfin, l’agriculture urbaine est réalisable à différentes échelles (autonomie alimentaire personnelle ou production à grande échelle) et avec des objectifs variés (production, pédagogie, projets participatifs…).

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Petite histoire de l’agriculture urbaine

Le principe de l’agriculture urbaine est très ancien et remonte à l’Antiquité. En effet, celle-ci fut utilisée tout au long de l’histoire et aux quatre coins du globe, de Sumer à l’Égypte, en passant par Rome ou Babylone, dans le but de répondre aux besoins alimentaires des populations locales.

Au Moyen-Âge, la pratique de l’agriculture urbaine était courante dans les villes européennes. Les citadins possédaient déjà des jardins potagers et des jardins de toits pour assurer leur consommation personnelle et faire face aux difficultés. De plus, les communautés religieuses et les monastères pratiquaient également l’agriculture urbaine pour subvenir à leurs besoins alimentaires et à ceux des plus pauvres.

Bien qu’elle continue à être pratiquée dans les villes à des fins de consommation personnelle, l’agriculture urbaine commence à décliner à partir de la renaissance, période où elle est progressivement remplacée par l’agriculture industrielle. Un phénomène qui ne cesse de s’accélérer jusqu’au 20ᵉ siècle, en raison de l’expansion des villes et de la généralisation de l’agriculture industrielle à grande échelle.

C’est à partir des années 60 / 70 que l’agriculture urbaine connaît un regain d’intérêt dans le monde, notamment à cause de l’augmentation des prix alimentaires, mais aussi en raison de l’intérêt croissant des populations pour les produits locaux et issus de l’agriculture biologique.

Depuis, les initiatives utilisant les principes de l’agriculture urbaine fleurissent partout à travers le monde. Ces dernières sont par ailleurs soutenues et encouragées par de grandes institutions internationales telles que la FAO (Food and Agriculture Organization).

Comment fonctionne l’agriculture urbaine ?

L’agriculture urbaine se distingue non seulement par ses techniques de production, mais aussi par la diversité des acteurs impliqués.

Les différentes méthodes de culture de l’agriculture urbaine

Lorsque nous parlons des méthodes d’agriculture urbaine, deux grandes catégories émergent : les cultures sur sol et les cultures hors-sol.

Parmi les cultures sur sol ou en pleine terre, nous retrouvons par exemple les jardins particuliers, les jardins partagés ou les jardins pédagogiques qui utilisent les méthodes agricoles traditionnelles, sous serre ou en plein air pour cultiver des fruits et des légumes.

La culture en bacs, en pots ou dans des jardinières permet de cultiver des fruits, des légumes, des herbes ou des fleurs en intérieur ou en extérieur, à l’aide de terre ou d’un mélange de substrats. Cette méthode convient pour les balcons, les terrasses, les toits, dans des jardins d’intérieurs ou sur des terrains.

Dans la famille des cultures hors-sol, nous retrouvons la culture hydroponique qui consiste à faire pousser les plantes sans terre et grâce un substrat inerte et neutre (sable, bille d’argile, laine de roche…), lui-même irrigué en permanence par une solution liquide nutritive.

Encore plus récente, l’aéroponie est une évolution de l’hydroponie. Toujours hors sol, mais sans substrat, le système aéroponique consiste à pulvériser de l’air ainsi qu’une solution nutritive sur les racines. Nous parlons dans ce cas d’une culture en suspension.

Également utilisée dans le cadre de l’agriculture urbaine hors-sol, l’aquaponie est une méthode qui associe l’hydroponie (culture de plantes sans terre) et l’aquaculture (élevage de poissons). Cette méthode permet de produire des aliments grâce à la transformation des déchets organiques des poissons en nutriments pour les plantes, le tout en circuit fermé autosuffisant.

Enfin, l’agriculture urbaine utilise d’autres méthodes de culture comme l’agriculture verticale ou suspendue, notamment sur l’extérieur des murs.

Les différents acteurs de la ville impliqués dans l’agriculture urbaine

Les particuliers peuvent cultiver fruits, légumes et herbes aromatiques sur leur balcon, dans leur jardin ou au sein de jardins partagés. Des groupes de citoyens dans un cadre associatif ou non peuvent gérer des jardins communautaires ou des fermes collectives à l’intérieur ou à proximité des villes.

Les agriculteurs classiques en périphérie des villes contribuent à la résilience alimentaire des zones urbaines et périurbaines grâce à leur production. Ils peuvent également être des partenaires clés pour les autorités locales dans la mise en place d’initiatives et de projets d’agriculture urbaine.

Les entreprises et les organisations publiques ou privées peuvent aussi utiliser des terrains vacants, ainsi que les murs et les toits des bâtiments pour la culture d’aliments destinés à la consommation ou à la vente.

Enfin, les gouvernements et collectivités locales peuvent soutenir les pratiques d’agriculture urbaine en fournissant des terrains, des financements ou encore des programmes de formation pour développer l’agriculture urbaine.

Quels sont les rendements de l’agriculture urbaine ?

Lorsque nous nous penchons sur les rendements de l’agriculture urbaine, de nombreux facteurs rendent difficiles leur évaluation.

En effet, ceux-ci peuvent varier considérablement en fonction de la méthode de culture utilisée, des conditions climatiques locales, de l’expérience du jardinier, de la qualité du matériel utilisé, ainsi que de l’espace et des moyens mis en place pour l’entretien et pour l’installation. Néanmoins, quelques tendances peuvent être avancées.

Tout d’abord, la FAO affirme que le rendement de l’agriculture urbaine pourrait être 15 fois supérieur à celui des zones rurales. Un chiffre corroboré par un groupe de scientifiques ayant analysé plus de 200 études menées dans 147 villes et à travers 53 pays sur les rendements de l’agriculture urbaine. Voici quelques faits notables rapportés par la méta-analyse.

La capacité des territoires urbains à produire de la nourriture est élevée, avec des rendements équivalents, voire supérieurs aux rendements conventionnels.

Le taux de rendement varie selon la localisation (sol, toit, murs…), l’environnement (intérieur ou plein air) et en fonction du système de production utilisé (sol, hydroponique, vertical, horizontal, contrôlé ou non…)

Chaque type de légume à son système de production préférentiel à rendement élevé (par exemple les tomates, piments, poivrons, concombres, la laitue et la chicorée fonctionnent très bien à l’hydroponie, contrairement aux pommes de terre, etc.)

Pour plusieurs légumes, les rendements sont significativement plus élevés en environnement contrôlé en opposition aux cultures en plein air (17 kg par m² et par an pour les concombres en ville contre seulement 3,8 kg en plein champ).

Des chiffres qui sont pour l’instant à relativiser puisque de nombreuses villes n’ont pas l’espace nécessaire, la volonté d’aménagement, ou les formes de toits adéquates pour de telles installations.

Enfin, bien que productive à petite échelle, le potentiel mondial de l’agriculture urbaine (évalué entre 100 et 180 millions de tonnes par an) ne devrait pas pouvoir couvrir les rendements mondiaux actuels, qui sont de 6 500 millions de tonnes par an.

Quels sont les avantages de l’agriculture urbaine ?

Depuis le 20ᵉ siècle, l’agriculture urbaine connaît un retour en force dans de nombreuses villes du monde et pour cause, celle-ci offre de multiples avantages économiques, écologiques et sociaux… !

Quels sont les avantages économiques de l’agriculture urbaine ?

Les avantages économiques de l’agriculture urbaine sont nombreux.

Tout d’abord, elle améliore l’autosuffisance alimentaire des villes et des particuliers grâce à la production de produits frais et locaux. La création d’un modèle urbain de circuit court permet des économies, des compléments de revenus, ainsi qu’une moindre dépendance aux produits importés.

Le deuxième avantage économique de l’agriculture urbaine est l’économie d’échelle. En effet, grâce à des installations modernes et efficaces déployées sur de plus petites surfaces, ainsi qu’à une meilleure gestion des ressources, les fermes urbaines obtiennent des rendements supérieurs aux exploitations agricoles rurales classiques.

Le secteur agricole urbain est également créateur d’emplois. Ce cercle vertueux touche non seulement les producteurs, mais aussi les fournisseurs et services liés, jusqu’aux commerçants, renforçant ainsi la vitalité économique des villes.

Enfin, les différentes installations d’agriculture urbaines participent à la valorisation de la ville, de ses terrains et de ses bâtiments.

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Quels sont les avantages écologiques de l’agriculture urbaine ?

Parmi les avantages écologiques obtenus grâce à l’agriculture urbaine, nous pouvons citer :

  • La diminution des émissions de CO2 (transports) et des besoins en énergie (réduction du temps de stockage et utilisation de méthodes de cultures durables),
  • La régulation des températures et la lutte contre les îlots de chaleur grâce à l’augmentation de la nature en ville,
  • La réduction de la pollution de l’air et de l’eau grâce à l’absorption par les plantes des particules fines, des gaz et des polluants,
  • La restauration, la protection et le développement de la biodiversité (création d’habitats naturels pour la faune et la flore…),
  • Une meilleure gestion de l’eau de pluie (système de récupération et d’irrigation, réduction des risques d’inondations…),
  • La préservation des sols (réduction de l’artificialisation, valorisation des terrains vacants et bâtiments inutilisés pour la création d’espaces agricoles urbains).

Quels sont les avantages sociaux de l’agriculture urbaine ?

Enfin, l’agriculture urbaine présente de nombreux avantages sociaux. En effet, elle permet de tisser du lien social entre les habitants, mais aussi entre le monde rural et urbain.

Elle contribue à l’amélioration de la qualité de vie et de la santé des habitants grâce à la réduction de la pollution de l’air, de l’eau, des aliments, mais aussi grâce aux contacts avec le vivant et à un meilleur confort thermique des bâtiments.

Le développement de l’agriculture urbaine permet aussi le renforcement de l’identité locale permettant aux habitants de se réunir autour de leur patrimoine environnemental et culturel.

Enfin, l’agriculture urbaine offre l’occasion de sensibiliser les populations aux enjeux environnementaux, tout en proposant des activités en lien avec l’agriculture et l’alimentation.

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Zoom sur 3 projets d’agriculture urbaine emblématiques dans le monde

Pasona, la forêt urbaine de Tokyo

Pasona est une ferme urbaine unique située dans le centre de la capitale du Japon, Tokyo, dans le quartier de Chiyoda. Depuis 2010, la grande firme Pasona, fleuron des ressources humaines au Japon, a décidé de transformer son siège social en ferme urbaine.

Désormais, le bâtiment de 9 étages, construit dans les années 1950, abrite plus de 200 espèces de plantes tropicales et subtropicales, ainsi qu’une serre abritant des papillons, des grenouilles et des poissons.

Sur les 215 000 m² de surface du bâtiment, 40 000 m² sont occupés par les plantations. Le lieu est ouvert aux visiteurs qui peuvent se promener dans les différents niveaux et découvrir les plantes. Les employés peuvent quant à eux profiter de la présence de plantes tout en travaillant, mais aussi récolter et consommer les fruits et les légumes disponibles.

Nature Urbaine, la plus grande ferme urbaine d’Europe située à Paris

Située dans le 15ᵉ arrondissement de Paris et étendue sur un peu plus de 14 000 m² sur la toiture du parc des expositions, Nature Urbaine est, depuis son lancement en 2020, la plus grande ferme urbaine d’Europe.

Portée par Agripolis et Cultures en ville, cette oasis de verdure au cœur de Paris propose de nombreux services pour les particuliers, les scolaires, les entreprises et les collectivités.

34 % de la surface de Nature Urbaine est dédiée à la culture maraîchère en hydroponie et en aquaponie soit plus de 4 500 m² (un tiers du projet final).

Entre mai et octobre, c’est plus de 200 kg et pas moins de 30 espèces de fruits et légumes sélectionnées qui sont récoltés chaque jour par plus de 20 maraîchers.

Enfin, plus de 150 carrés de culture peuvent être loués par les riverains, ainsi que 300 m² d’espaces dédiés à l’événementiel.

Growroom, le jardin sphérique imaginé par Ikea et Space 10

Conçue par la célèbre marque de meubles suédoise et son laboratoire de recherche et développement Space 10, la Growroom pourrait être l’une des installations d’agriculture urbaine classiques dans le futur.

La Growroom est un modèle de jardin urbain d’intérieur sphérique. Conçue uniquement en bois, celle-ci a pour vocation de permettre aux citadins de cultiver leur potager malgré le manque d’espace. D’une hauteur d’environ 3 mètres et constituée d’étagères parfaitement aérées et harmonieuses, la Growroom est à l’origine destinée à être un potager de quartier.

Les plans sont gratuitement mis à disposition par Space10 et attendent de pied ferme les jardiniers urbains les plus motivés !

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Conclusion

L’agriculture urbaine réunit toutes les techniques traditionnelles et modernes pour cultiver des plantes, des fruits, des légumes et faire de l’élevage en ville ou à proximité. Elle est pratiquée par les habitants, les communautés, les entreprises et les collectivités.

L’agriculture urbaine fait partie des leviers d’action majeurs de l’avenir. Elle permet d’une part de garantir la sécurité alimentaire et économique des populations, d’une autre de renforcer le lien social et d’améliorer la qualité de vie des habitants, mais aussi de restaurer et développer la biodiversité, tout en luttant contre les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique.

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